"Les contes d'Hoffmann", le testament d'Offenbach à la Salle Garnier
Nouveau spectacle pour l’Opéra de Monte-Carlo à partir de samedi. Offenbach maître de l’opéra bouffe, a signé à l’article de la mort, une œuvre fantastique et sombre : Les contes d’Hoffmann. Loin de la légèreté qu’il put exprimer dans ses compositions antérieures, ces contes dévoilent magnifiquement les qualités du compositeur. À ne pas louper.
par Benoît Ulrich
Lorsque l’on évoque Offenbach, une image s’impose bien souvent : celle de messieurs élégants, haut-de-forme et canne à la main, chantonnant des grivoiseries avec en fond des danseuses jambe en l’air, se trémoussant sur un french cancan endiablé. Bref de l’opérette, synonyme de divertissement bourgeois à la mode au second Empire et quelque peu tombé en désuétude. Pourtant les musicologues et autres spécialistes se sont peu à peu penchés sur son œuvre pour finalement aboutir à la conclusion suivante : Offenbach est un grand auteur. D’abord parce que l’opérette est un terme incorrect pour qualifier le créateur de l’opéra bouffe qui admirait par dessus tout Mozart, mais aussi parce que ses pièces, bien que d’essence comique, sont truffées de couplets ironiques, qui brocardent ouvertement la société bourgeoise de l’époque.
Mais Les contes d’Hoffamnn, proposés par l’Opéra de Monte Carlo pour quatre représentations, est une œuvre à part. D’abord parce que le compositeur l’avait à peine achevé lorsqu’il est mort. Ensuite on sait qu’Offenbach retouchait énormément ses partitions lors des dernières répétitions et même après les premières représentations. Or ici, les orchestrations n’étaient pas complètes. Plusieurs versions ont donc été proposées sans que la mention « définitive » n’ait jamais pu être apposée. Autre particularité, le caractère sombre et presque gothique qui transpire tout au long des contes. Offenbach se sait mourant lorsqu’il les compose et le livret que lui a proposé Jules Barbier va lui permettre d’exprimer toutes ses angoisses et ses désillusions.
Un Offenbach, sombre mais brillant !
Ainsi, le compositeur a pu aisément être touché par le personnage principal, le poète allemand E.T.A. Hoffmann, auteur de contes fantastiques et ténébreux. S’inspirant librement de sa vie, il en fait le jouet de différents personnages qui se trouvent être des réincarnations du diable et qui font tout pour contrarier ses amours. Des bien-aimées, il y en aura quatre, parmi lesquelles on peut trouver une poupée articulée, qui se lance dans une incroyable performance vocale et scénique ou encore une courtisane qui, à l’aide d’une formule magique, vole le reflet de l’écrivain dans son miroir...Pour finir, le héros sombre dans le désespoir et l’alcool alors que son étrange ami Nicklausse, sorte de muse androgyne, l’incite à renoncer à sa quête pour se consacrer totalement à son art. Offenbach se sentant condamné a ainsi insufflé une dimension dramatique que l’on ne lui connaissait pas.
Musicalement, celui qu’on appelait un peu dédaigneusement le « Mozart des Champs-Elysées » a eu l’ambition de faire en quelque sorte son testament. Si sa partition n’a pas révolutionné la musique, sur quoi il n’avait aucune ambition, elle nous fait cependant découvrir l’étendue de son savoir-faire et de son inspiration prolixe. Partition brillante, Les contes d’Hoffamnn étonnent et séduisent.
À la baguette on retrouve l’impeccable chef québécois Jacques Lacombe, que l’on a pu apprécier sur le Turandot en ouverture de saison. On le reverra d’ailleurs à l’Opéra de Monte-Carlo pour le récital que donnera Roberto Alagna le 30 janvier. À la mise en scène, c’est Jean-Louis Grinda qui est chargé de mettre image le livret alambiqué de Jules Barbier. Malgré sa double casquette, le directeur de l’Opéra continue de nous ravir. Côté distribution c’est le bouillonnant ténor américain Neil Schicoff qui est attendu dans le rôle-titre, José van Dam lui interprétera les quatre méchants et Ekaterina Lekhina, Michelle Canniccioni et Marie-Ange Todorovitch tiendront les trois principaux emplois féminins. Les dorures de la Salle Garnier s’apprêtent à être le théâtre d’un grand moment d’opéra !
Plus d’infos :
"Les Contes d’Hoffmann", de Jacques Offenbach
Samedi 23 janvier (gala), mercredi 27, vendredi 29 à 20h et dimanche 31 à 15h, Salle Garnier.
Renseignements - réservations: +377 98 06 28 28 - www.opera.mc